QUELQUES LEGENDES
Le tatouage
Selon une tradition locale, la pratique du tatouage serait d'origine divine : durant le Po' (période obscure), elle aurait été créée par Mata Mata Arahu (qui imprime avec du charbon de bois) et Tu Ra'i Po' (qui réside dans le ciel obscur), les deux fils du dieu Ta'aroa.
Ces deux dieux et avec Taere, un dieu d'une grande habilité et Hina Ere Ere Manua (Hina au caractère impétueux), la fille aînée du premier homme, Ti'i et de la première femme, Hina faisaient partie du groupe des artisans.
Pour préserver sa virginité, Hina Ere Ere Manua fut recluse dans un endroit clos, sous la surveillance de sa mère. Les deux frères décidés à la séduire, inventèrent le tatouage et s'ornèrent du motif appelé "Tao Maro" et réussirent à l'arracher du lieu où elle était jalousement gardée, car poussée par le désir de se faire tatouer, Hina Ere Ere Manua réussit à tromper la surveillance de sa mère et fut tatouée.
Noix de coco
Une des légendes polynésiennes expliquant l'origine de la noix de coco :
Il était une fois une très belle princesse, fille du Soleil et de la Lune, nommée Hina. Elle était si belle que des éclairs de lumière émanaient de son corps diaphane. Elle fut promise en mariage au roi du lac Vahiria qui n'était autre qu'une énorme et repoussante anguille. Hina s'enfuit et se mit sous la protection du grand Maui, qui arrêta et régla le Soleil. De la falaise de Vairao, ils aperçurent l'anguille qui venait chercher Hina. Maui jeta son hameçon et s' écria : "De mon fief, aucun roi ne peut s'échapper, il deviendra nourriture pour mes dieux". L'anguille avala l'appât et l'hameçon, fut capturée et décapitée. Maui l'enveloppa dans un morceau de tapa et la donna à Hina, lui recommandant de ne poser le paquet à terre qu'arrivée chez elle : "La tête de l'anguille renferme de grands trésors pour vous". Hina oublia le paquet sur le sol. Le tapa se détacha et la tête de l' anguille, fixée sur le sol, se couvrit de jeunes pousses pour devenir le premier cocotier.
Selon cette même légende, on retrouve sur la noix de coco les marques de la tête d'anguille. deux dépressions symétriques correspondent à l'emplacement des yeux, une dépression médiane, à la bouche. Lorsque la noix tombe de l'arbre, les yeux servent à guider sa chute! Les noix de coco auraient aussi pour origine des crânes humains qui auraient germé dans un cimetière, produisant les trois premiers cocotiers.
Huahine
Un jeune guerrier trouva au nord de Huahine une princesse nommée Motu Hiva. Elle s'était échouée là, sur la plage à l'intérieur d' un grand tambour sacré. Ils se marièrent et eurent dix fils, qui donnèrent leurs noms aux dix districts de Huahine.
La légende raconte que Hiro, dieu des voleurs, coupa avec sa pirogue l'île de Huahine en deux et aurait laissé des traces comme sa pagaie au fond de la baie de Maroe, et son sexe, un rocher dressé vers le ciel exactement en face du pont qui relie les 2 îles. C'est pour cela que l'île est désormais séparée en deux : Huahine nui et Huahine iti.
Aux temps anciens, à l'occasion des cérémonies de sacrifice, une déesse était chargée de désigner une victime. En réalité, elle était opposée aux sacrifices. Elle recourut à une ruse. Un jour, elle désigna volontairement une femme qui avait ses menstruations. Sur l'autel, les serviteurs du prêtre, au moment de frapper la tête, furent éclaboussés par le sang de la femme impure. Le prêtre décida alors d'épargner les femmes. Depuis lors, les femmes de Huahine furent sauvées. D'où l'origine du mot Huahine : le sexe de la femme ou le paradis des femmes (car il y a plus de femmes que d'hommes).
Raiatea
Il y a très longtemps vivait un guerrier originaire de Tahiti qui avait pour nom Atea. Respecté pour son courage et sa vaillance, Atea entendit parler de la reine d'Opoa, Rai, dans l'île de Havai'i Nui. Ses proches lui vantaient sans cesse la grâce et l'élégance de la souveraine. Un jour, il décida de partir pour l'île sacrée. Dès qu'il vit Rai, il en tomba profondément amoureux. La reine, n'étant pas insensible aux charmes d'Atea, lui rendit cet amour; ils s'aimèrent et devinrent amants. Un enfant allait bientôt naître de cet union. Mais Atea dut repartir pour Tahiti. Il demanda à sa bien-aimée d'accéder à un dernier souhait : "Si c'est un garçon, Atea devra être son nom. S'il s'agit d'une fille, tu l'appelleras Rainuiatea". Ce fut une fille, qui devint reine à son tour. Lorsqu'elle eut atteint l'âge de raison, elle renomma Havai'i Nui en Raiatea, Rai en souvenir de sa mère et Atea à la mémoire de son père qu'elle n'avait jamais vu.
Bora Bora
En tahitien Bora Bora signifie "né le premier". Selon la légende Bora Bora (prononcer "Pora Pora") aurait été la première à surgir des eaux après l'île sacrée, Raiatea.
Moruroa
Rodo et son père Tuko avaient armé, en1945, la goélette "Rava Rava" et avaient obtenu une concession de pêche à la nacre dans le lagon de Moruroa. Ils n'urent pas trop de difficultés à embaucher huit hommes d'équipage et dix plongeurs dont deux scaphandriers, tous Polynésiens. Le voyage et l'installation à Moruroa se firent sans histoire.
Mais les difficultés commencèrent peu après. Les scaphandriers prirent prétexte du grand nombre de requins pour refuser de plonger ; ils craignirent ensuite que leurs camarades chargés des pompes ne profitent de leur présence au fond pour couper les tuyaux d'air.
Bref, ils refusèrent de travailler et Rodo dut organiser la plongée libre tandis que ses deux scaphandriers passaient leur temps à terre. Leurs allées et venues avec la terre l'intriguèrent jusqu'au jour où il apprit que les scaphandriers n'étaient pas venus pour plonger mais pour chercher un trésor que les traditions disait "enfoui" dans un des "motu" de la partie Sud :
"Il y avait une fois un navire à trois mâts qui faisait le transport entre le Pérou et l'Espagne, des trésors récupérés par les conquérants espagnols. L'affaire est trop tentante pour que le capitaine ne décida de prendre le large sans attendre son escorte. Il mit donc à la voile par une belle nuit sans lune et se dirigea vers les lieux peu fréquentés où il risquait le moins de se faire arraisonner par des corsaires ou des navires du roi. Un combat eut néanmoins lieu contre un sloop dont l'équipage fut fait prisonnier et embarqué à bord. Après des journées, cap à l'Ouest, ce trois-mâts arriva à Moruroa dont le lagon permettait un mouillage sûr, pour faire de l'eau et des vivres.
Le capitaine prit alors la décision de cacher à terre une partie de son trésor et chargea son lieutenant et deux hommes de faire préparer par les prisonniers un trou suffisamment grand pour y contenir les coffres. Au cours de l'opération les prisonniers se révoltèrent et tuèrent le lieutenant et ses hommes. La rébellion fut vite matée et le capitaine furieux, tua tous les prisonniers qu'il enfouit avec ses coffres dans le trou qui avait été préparé.
Ce capitaine et son navire n'eurent pas de chance car il sombra peu après et personne n'a encore retrouvé, sur le "Motu te Papa" le trésor qui se trouve caché à douze pas dans l'Ouest d'un signe représentant une main ".
Je ne sais pas ce qu'il y a de vrai dans cette légende mais je me demande si l'atoll ne lui devrait pas son nom qu'il faudrait interpréter comme celui d'une île qui a son grand secret.
Les Marquises
Haakakai te henua enana :
Clé de voûte de la mythologie marquisienne et reflet de l'âme d'un peuple, cette légende raconte sur un mode allégorique la création des îles Marquises.
A l'aube de l'humanité, deux divinités, Oatea et Atuana, régnaient sur l'immensité océanique. Un jour, Atuana émit le voeu de vivre dans une maison. Oatea, son époux, ne sut que faire. Il se résolut à recourir aux pouvoirs divins qui étaient en lui et promit à Atuana d'achever la maison avant le lendemain à l'aube.
Il se livra alors à des incantations et choisit un emplacement pour la future maison. Il commença en dressant deux poteaux et s'exclama : "Voici Ua Pou!". Il prit ensuite une poutre faîtière qu'il posa sur les deux poteaux. Après l'avoir attachée avec des cordes en fibres de coco, il dit : "Voici Hiva Oa!". Il poursuivit son travail d'assemblage. En installant les chevrons, il dit : "Voici Nuku Hiva !". Il confectionna ensuite la couverture de la maison avec neuf palmes de cocotier et s' écria : "Voici Fatuiva !". Pour enfouir les résidus végétaux qui jonchaient le sol, il creusa un trou.
Atuana devina le scintillement de l'aube à l'horizon. "C'est Tahuata !", clama alors Oatea. Et Atuana d'ajouter : "Le chant de l'oiseau du matin se fait entendre!". Otea répondit : "Voici Mohotani !". Il jeta vite les déchets dans le trou et prononça : "Voici Ua Huka !". Dans un dernier souffle, sentant ses pouvoirs divins le quitter avec le lever du soleil, il murmura : "Voici Eiao!".
Ce mythe fondateur assimile la création de l'archipel à l'érection d'un hae (maison). Il ne concerne que les îles qui furent jadis habitées. Mohotani et Eiao ne le sont plus.
Tikehau
Autrefois l'atoll s'appelait Oropaa. Un homme s'appelant Tii s'y était établi. Parti à Tahiti, il tomba sous le charme de Hau, une femme qu'il enleva et ramena à Oropaa en pirogue. Un enfant naquit de leur union. N'arrivant pas à se mettre d'accord sur le choix du prénom, ils choisirent "Tiehau" qui avait l'avantage d'associer leurs deux prénoms. Par la suite, Tiehau changea en Tikehau, qui signifie "atterrissage paisible".
La légende du Maiore
C'était il y a très longtemps, bien avant l'arrivée des blancs dans nos îles, à une époque où la famine et la sécheresse désolaient toutes les îles océaniennes.
Les fleurs étaient mortes, les arbres agonisaient. Les cocotiers eux-mêmes, comme de grands oiseaux morts, laissaient pendre leurs feuilles roussies le long de leurs troncs rugueux. Les champs de taros et d'ignames, de patates et de bananiers, privés d'eau, séchaient au soleil. Dans ce désert, la population se mourait. Le ciel était d'un bleu pur, sans aucune promesse de pluie.
A l'intérieur d'un frais fare de bambou, sur une natte de pandanus, Moe redressa son buste de bronze. Puis debout, elle parut s'abandonner à un rêve. Ses longs cheveux noirs lui faisaient une parure royale, sur les dents de nacre s'entrouvraient ses lèvres sanglantes.
A quelques pas, Arutua, son fiancé, la contemplait. Qu'il la trouvait belle, celle qui, dans peu de temps serait sa femme! Et pour accompagner le rêve de sa douce fiancée, il chanta :
"Moe, Moe, la nuit est plus claire que ta chevelure d'ébène et moins fraîche que ta gorge. Que la nuit nous enveloppe pour nous cacher cette terre où meurent les fleurs du hinano et du tiare.
Moe, Moe, je sais mener ma pirogue parmi les récifs du lagon, et mon bras est devenu puissant à l'usage de la hache de guerre. Mais que m'importe, ô Moe, d'être fort et audacieux si la vie doit nous manquer!
Moe, Moe, tu m'es plus belle que le soleil qui se lève. Je chercherai dans tes cheveux ô Moe, le parfum du monoï parfumé au tiare."
Moe avait écouté le chant de son fiancé. Ce chant l'avait pénétrée doucement. Elle ne songeait plus à la mort qui les guettait. Elle voulait vivre, vivre encore pour toujours entendre la voie bien-aimée de Arutua, toujours sentir près d'elle sa force et son amour. Alors, à son tour, elle dit :
- Arutua, tu es mon aimé. Tes lèvres chantent comme le vent du soir dans le feuillage des aito de la plage. Par notre désir de vivre, ô Arutua, nous résisterons à la mort qui rôde autour de nous. Je connais dans la montagne, Taaroa, un sage vieillard. Au jour de ma naissance, il dit à ma mère que je serais belle comme l'étoile du matin et qu'il était prêt à sacrifier sa vie pour moi. Allons donc le trouver!
Ils partirent vers la montagne où vivait Taaroa.
| Moe et Taratua partent vers la montagne où vit Taaroa |
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Ils passèrent par les gorges profondes des vallées à la recherche de la demeure de Taaroa et ce fut une marche longue et fatigante, sous un soleil de feu. La longue file des tribus suivait Moe avec confiance.
Vers le soir, Taaroa leur apparut enfin.
Une longue chevelure de neige encadrait sa figure osseuse, et il s'appuyait sur une branche d'oranger, dégarnie de ses épines. Il avait un tel air de calme et de force qu'à sa vue, les tribus affamées comprirent vraiment qu'elles pouvaient lui faire confiance. Moe continua sa marche jusqu'à la grosse pierre, puis s'arrêtant, elle s'écria : "Sage vieillard. je me suis souvenue de la promesse faite à ma naissance et je suis venue te trouver pour que tu nous donnes la vie, nous voulons vivre et nous aimer!"
Taaroa lui répondit :
- Salut à toi, Moe! Je t'ai connue au berceau, belle comme le teina et fraîche comme la fleur du tiare. Pour toi, je ferai la beauté éternelle!
Tu as choisi celui qui sera ton compagnon dans la vie. Son cœur se soulève d'amour lorsqu'il te contemple. Pour toi, je ferai l'abondance éternelle!
Et le miracle se produisit.
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Le corps du sage Taaroa se transforme en Maiore |
Le corps du sage Taaroa sembla se fondre dans l'air du soir qui descendait des vallées, puis il prit des formes étranges, son buste devint noueux comme l'écorce des vieux arbres, ses jambes se fixèrent au sol comme des racines, tandis que sur les bras devenus branches naissaient des feuilles et des fruits. C'est ainsi que naquit le maiore.
Le miracle fut complet. L'eau coula à nouveau dans le lit desséché des torrents, les champs reverdirent. Parfois les fruits juteux faisaient ployer les branches sous leur poids, et les tribus revinrent à leurs cases en chantant les louanges de Moe.
Toute la nuit se passa en réjouissances, et, dés le lendemain, on célébra le mariage de Arutua et de Moe. Dés ce moment, ils vécurent d'heureux jours, cachant leur grand bonheur, dans la modeste case cachée sur la plage, parmi les puraos.
(par Y.MALARDE)
Bulletin de la Société des Etudes Océaniennes
Tome 4 - n°38 - pp.110-114
Vaiete = Papeete ?
Vaiete ou Vai'ete (l'eau qui jaillit) pourrait être l'ancien nom de Papeete, vai signifiant eau, tout comme pape. Mais, le mot serait devenu tapu (interdit), car la coutume appelée pi'i interdisait autrefois l'usage d'un terme faisant partie du nom d'un chef (il pourrait s'agir du chef Vaitua). Dès lors, vai aurait été remplacé par pape pour donner le nom de la ville de Papeete.
Ce qui explique aussi la fontaine de la place Vaiete, l'eau qui jaillit : quelle meilleur illustration que cette fontaine. Vaiete a donc retrouvé tout son sens !!!!

La place Vaiete
Origine du nom Tipaerui
Tipae (arrivés) rui (le soir) ou selon l'ancien terme, Tipae Po (la nuit), tiendrait son nom du trajet à effectuer pour venir du district. En partant le matin en pirogue, les habitant de la presqu'île arrivaient en effet à Tipaerui, à la nuit tombée.
Quelques livres
Te mau a'ai ma'ohi
Légendes de Tahiti et des îles
Editions Polyèdre Culture
Centre territorial de recherche et de documentation Pédagogiques
BP 5683 - Pirae (Tahiti)
Fax : (689) 43 31 95
Jean François Favre
Légendes Polynésiennes
Gravures sur bois
Editions Haere Po no Tahiti
BP 1958 - Papeete (Tahiti)
E.V. Dufour
Contes et légendes de Tahiti et des mers du sud
Fernand Nathan
18 rue Monsieur Le Prince - 75006 Paris |