Iakito
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« le: 05 Mars 2009 à 18:39:14 » |
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Décès d'Alexandre Léontieff le mardi 03 mars 2009 vers 12h30 locale. Toute mes condoléances à la famille.
Alexandre Léontieff, du pouvoir à la prison, son étrange destin.
Il a traversé trente ans de batailles politiques en Polynésie, avec des victoires et des revers, comme ses aïeux avaient traversé toute l’Asie en 1917, pour fuir la révolution rouge : de Moscou jusqu’à Vladivostok, et pour finir jusqu’aux rivages du Pacifique sud, où une partie de la famille Léontieff s’était établie. De cette histoire peu banale, remplie de personnages illustres à l’image d’un général de l’armée du tsar, Alexandre en parlait peu. Tout comme il se faisait discret sur sa Harley Davidson, une passion qu’il avait complètement assouvie après avoir quitté la présidence du Pays en 1991.
Trente ans de politique. À la façon d’Alain Juppé : ainsi Gaston Flosse aurait pu dire de lui “il est le meilleur d’entre nous”, tant cet homme de dossiers s’est montré brillant dès son arrivée dans les couloirs du pouvoir, en 1979 avec le députémaire de Pirae de l’époque. A partir de 1984, il devient d’ailleurs le “dauphin” supposé de l’homme fort de la Polynésie, mais il ne prendra pourtant pas sa succession comme certains l’avaient imaginé.
Car, en 1986, le divorce est consommé entre les deux hommes : Gaston Flosse, obligé de céder son fauteuil de président du gouvernement en raison de sa nomination dans le gouvernement de Jacques Chirac, lui a préféré en effet le fidèle maire d’Arue, Jacky Teuira – l’un des fondateurs du Tahoeraa Huiraatira en 1972. Pour Alexandre, la revanche sonnera en décembre 1987, après les émeutes qui embrasent le port de Papeete : il emmène dans sa fronde la moitié des élus du Tahoeraa Huiraatira, et se fait élire président du gouvernement.
Six mois plus tard, Gaston Flosse est battu aux élections législatives, et son “frère” Jacques Chirac à l’élection présidentielle. Le nouveau règne de François Mitterrand voit d’un bon oeil ce changement d’homme fort en Polynésie, et soutiendra Alexandre Léontieff jusqu’au bout.
Une arrivée surprise au Tavini
Mais la politique ne fait pas de cadeaux. Après son installation au fauteuil présidentiel, Alexandre Léontieff a “oublié” de prendre d’assaut également le parti orange, qu’il laisse aux mains de Gaston Flosse. Celui-ci en fera une arme redoutable pour revenir au pouvoir en 1991, bénéficiant d’une alliance avec Émile Vernaudon, et d’une lassitude de la population pour la gouvernance Léontieff, pendant laquelle le pays s’enlise.
En 1993, Alexandre perd son mandat de député, et se retrouve à son tour pris au piège de la justice. De l’affaire du redressement fiscal de la clinique Cardella, au projet de golf d’Opunohu, en passant par le terrain Rivenac où sera érigé plus tard l’hôtel Méridien, il paiera quelques années plus tard un lourd tribut à ses dérives : 70 jours d’incarcération à la prison de la Santé à Paris, et quelques mois à Nuutania.
De cette longue traversée du désert, il en ressortira amer, et décide alors d’en sortir en allant dans le camp d’en face, celui d’Oscar Temaru. Il sera élu du Tavini Huiraatira et apportera au parti toute sa connaissance des institutions mais aussi des “coups politiques”. A l’élection du président du gouvernement en 1996, il suggère ainsi l’utilisation de la tribune de l’Assemblée comme plate-forme médiatique : les onze conseillers du Tavini, tous candidats à la Présidence du gouvernement, défilent ainsi à la tribune pendant toute la journée, en direct à la télé, pour déverser leur flot de critiques sur la gestion Flosse. Une idée de tribune qui sera souvent reprise par la suite…
Alexandre Léontieff, c’était tout cela à la fois : la finesse, le culot, et l’attirance du pouvoir, jusqu’à franchir les limites légales parfois.
La reconversion en 2004
Très touché par la disparition de son jeune frère Boris en 2002, Alexandre trouvera enfin une issue à son impasse politique et judiciaire en 2004 : sous le règne de Gaston Flosse, revenu brièvement au pouvoir, il obtient le poste de directeur de la CPS. Mais s’il se fait discret, le démon de la politique ne le quittera pas pour autant : dès le 23 mai 2004, il revient dans les couloirs du pouvoir, et dans l’ombre d’Oscar Temaru, l’homme qui a fait tomber Flosse.
Un conseiller toujours aussi efficace et perspicace. Finalement, Alexandre Léontieff aurait pu se contenter d’être toute sa vie le Raspoutine des tsars de la Polynésie, le conseiller occulte et influent. Mais poussé par l’histoire, l’ambition, et la bataille RPR-Parti socialiste des années 1980, il restera dans les mémoires comme l’un des présidents qu’a connu la Polynésie. Trois ans et trois mois seulement. Mais après avoir été le premier à déboulonner Flosse. Les deux autres qui se sont essayé à cet exercice, Temaru puis Tong Sang, ne sont pas encore parvenus à une telle longévité.
Yves Fortunet (pour la Dépêche de Tahiti)
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